octobre 2018

L’entrepreneuriat, c’est l’avenir !

Par Lilia Ayari
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Jusqu’à peu, le parcours d’excellence se faisait dans la fonction publique. Aujourd’hui, on rêve entreprises et business. Une tendance qui change la donne économique.

Incubateurs, fab lab et autres se multiplient dans la capitale. Si les concepts divergent, l’objectif est le même : accompagner les jeunes entrepreneurs en herbe. Situé au coeur d’Abidjan, rue des Jardins, le Co-Lab est un espace de coworking d’un nouveau genre. Adossé à l’agence de communication Piment bleu qui a pignon sur rue, l’établissement accueille de jeunes entrepreneurs, rien de nouveau jusque-là, mais avec la particularité de leur offrir une fenêtre sur le monde réel.
Une mixité qui change toute la donne et qui est au coeur du concept. « Le Co-Lab est un espace d’innovation, résume Penda Cissé, la fondatrice. L’originalité est d’appartenir à un grand groupe. Le concept ne se résume pas à un espace de travail. Notre valeur ajoutée réside dans la mixité avec l’agence. Nous sommes parfaitement intégrés dans la ville, dans son environnement, entourés de jeunes. » Cette proximité lui permet de mieux identifier les besoins : « Savoir pitcher [résumer et présenter son projet à des investisseurs potentiels, ndlr] notamment.
Les entrepreneurs ont beaucoup d’idées. Mais, sans doute en raison de la faiblesse du système éducatif, ils peinent à expliquer leur projet. » Et les femmes davantage encore, selon elle : « Pour des raisons d’ordre culturel notamment, les femmes demeurent encore trop réservées, elles manifestent moins de confiance en elle. C’est leur talon d’Achille. Il faut par conséquent leur donner des outils pour gagner en assurance. Grâce au Co-Lab, elles peuvent bénéficier d’un accompagnement. » Adopter les outils du futur reste le principal leitmotiv de la fondatrice : « Il faut sortir des sentiers battus et innover pour avoir de l’avance sur les autres. La créativité permettra à la jeunesse de se distinguer. L’innovation dans nos pays doit être stimulée chaque jour. »
En Côte d’Ivoire, il semble que le processus est en marche. Les plates-formes de coworking, incubateurs et autres pépinières pour futurs entrepreneurs et start-up continuent de se multiplier dans le paysage local. Un phénomène arrivé tardivement dans le pays, dopé aujourd’hui par la croissance et l’attractivité du pays. « Si nos aînés cherchaient plutôt à faire carrière dans la fonction publique, qui était la voie royale jusqu’à la crise, pour notre génération, à peine sortie de l’école, on va plutôt chercher à monter notre projet. » Achille, 28 ans, en est la démonstration vivante. Ce dernier d’une fratrie de six enfants, dont l’adolescence et le parcours scolaire ont été marqués par la crise, ne pense que « business ». « On voit ce qui se passe aux États-Unis, en Europe, chez nos voisins en Afrique. Partout, c’est le même constat. Plus on a de diplômes, moins on trouve d’emploi. Notre génération, malheureusement ou heureusement, doit créer son propre travail et son propre avenir. Et c’est ce qu’on fait. » Lui a déjà posé une première pierre à son édifice entrepreneurial. Après avoir fait des études de commerce, il travaille sur une application qui, assure-t-il, va révolutionner le secteur de l’agrobusiness, en Côte d’Ivoire comme ailleurs dans le monde. Des plus ambitieux, Achille ne souhaite pas en dire plus et est prudent : « On ne veut pas se lancer trop vite. On veut tout baliser, le concept, le business plan, l’étude de marché… »
 
Des chiffres en forte progression 
C’est un fait. L’économie ivoirienne doit créer 2 millions d’emplois d’ici 2020. Entre 2011 et 2015, plus d’un million a déjà été créé, notamment en milieu rural grâce à la redynamisation des filières agricoles. Et 95 000 emplois dans le secteur formel sur l’année 2017. Si les chiffres sont en forte progression, ils restent insuffisants aujourd’hui. Ils le seront davantage demain. Des données saisies par les jeunes, résolument orientés vers la création d’entreprises, qui, comme leurs aînés aujourd’hui, sont de plus en plus nombreux à monter leur propre affaire. Selon les statistiques du Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire (CEPICI), 7 145 nouvelles sociétés ont été créées de janvier à juin 2018, contre 6 267 de janvier à juin 2017. Et le nombre moyen d’entreprises créées quotidiennement de janvier à juin 2018 est de 67, contre 56 au premier semestre 2017. Parmi lesquels une forte propension d’entrepreneurs de moins de 40 ans.
Dans ce domaine, le plus dur n’est pas de créer, mais de durer. En Côte d’Ivoire, le taux de disparition des entreprises est de 70 à 80 % lorsqu’elles ne sont pas accompagnées. C’est dans ce contexte que les autorités ivoiriennes, sous l’égide du ministre du Commerce, de l’Industrie et de la Promotion des PME, Souleymane Diarrassouba, ont décidé de mettre en place un réseau d’incubateurs, dont la vocation est de permettre aux porteurs de projets ou jeunes entreprises de bénéficier d’un appui adapté.
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