octobre 2018

L’uranium ne trouve plus acheteur

Par Cédric GOUVERNEUR
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L’uranium ne trouve plus acheteur La filière nucléaire ne se relève toujours pas de la catastrophe qui a frappé la centrale de Fukushima en 2011 et fait les frais des erreurs d’Orano (ex-Areva). Un coup dur pour le Niger, quatrième producteur mondial.

Philippe Knoche, directeur général du groupe nucléaire français Orano, s’est rendu au Niger fin septembre, où il a rencontré le président Mahamadou Issoufou, avant de partir visiter la mine d’uranium d’Arlit (à 240 kilomètres au nord d’Agadez). Il a déclaré à la télévision nigérienne : « Les marchés de l’uranium sont stables, nous avons fait pas mal d’efforts dans le monde. Nos concurrents canadiens ont également réduit leur production de manière significative (près de 20 %), et les prix de l’uranium ont pu se stabiliser. » Cette déclaration d’un optimisme des plus mesurés indique que la sortie du tunnel n’est toujours pas en vue…

Une mauvaise nouvelle pour le Niger, qui est le quatrième producteur mondial d’uranium et fournit un tiers de la production d’Orano. Depuis l’accident survenu à la centrale nucléaire japonaise de Fukushima en mars 2011, le cours de l’uranium est tombé de 70 à 20 dollars la livre, contre 135 en 2007. La raison ? Une crise durable de surproduction. La perte de confiance de l’opinion publique a conduit des poids lourds industriels tels l’Allemagne et, demain, la Corée du Sud, à renoncer à une énergie anxiogène. Face à cette chute de la demande, difficile pour Orano de maintenir un outil de production nigérien coûteux : la mine à ciel ouvert d’Arlit, d’où sont extraits près de 2 kilos d’uranium en moyenne par tonne de minerai, connaît des coûts de production plus élevés que celle exploitée par le géant français au Kazakhstan, dans un contexte sécuritaire plombé par le terrorisme. La Somaïr et la Cominak, filiales nigériennes d’Orano, ont dû procéder à de brutales restructurations. La Somaïr (société des mines de l’Aïr, détenue pour plus de deux tiers par Orano et pour un tiers par la Société du patrimoine des mines du Niger) a ainsi licencié l’an dernier un cinquième de son personnel et 500 soustraitants. Signe des temps, les salariés subsistants doivent désormais payer à l’employeur leurs consommations d’eau et d’électricité, jadis offertes…

Jusqu’à janvier 2018, Orano était connu sous le nom d’Areva : le groupe nucléaire français s’est rebaptisé afin de faire peau neuve après une série d’erreurs stratégiques commises sous la direction d’Anne Lauvergeon – mise en examen depuis. En 2007, Areva avait racheté pour 1,7 milliard d’euros la société canadienne UraMin, propriétaire de mines du Sénégal jusqu’en Afrique du Sud, qui se sont toutes révélées inexploitables. Même déconvenue avec le gisement nigérien d’Imouramen (au sud d’Arlit), acquis en 2009 pour 900 millions d’euros, valeur largement surestimée. Enfin, les chantiers des deux réacteurs nouvelle génération EPR, en construction en France et en Finlande, accumulent les retards. Le Niger pâtit donc aussi des déboires de son principal client.

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