mai 2018

Rêves d’émergence

Par Cherif Ouazani
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La bauxite et l’or tirent la croissance du pays, qui a dépassé les prévisions du FMI pour la deuxième année consécutive. 

L’épisode Ebola qui avait brisé, en 2014 et 2015, la dynamique de croissance économique en Guinée, est désormais un mauvais et lointain souvenir. L’élan a repris de plus belle, démentant les pronostics les plus optimistes du Fonds monétaire international (FMI). L’institution de Bretton Woods avait prévu, pour 2016, une croissance du produit intérieur brut de 5,2 %. Il a crû de 6,6 %. En 2017, même scénario : une croissance de 6,7 % contre 5,4 % prévus. Un acronyme barbare explique ces performances : le PNDES, pour Plan national de développement économique et social. Ce cadre stratégique quinquennal (2016-2020) est une sorte de feuille de route élaborée par les sherpas du président Alpha Condé, qui veut mettre son pays en ordre de marche vers l’émergence, prévu par la Vision Guinée 2040. L’amélioration du cadre institutionnel à travers un grand dépoussiérage de la législation en matière minière, l’introduction de nouveaux critères de transparence sur les contrats et concessions, un meilleur contrôle sur les opérations d’exportation de l’industrie extractive. Tout cela a considérablement augmenté les recettes du Trésor public. Dans la bauxite, les opérateurs règlent désormais rubis sur l’ongle l’or rouge avant qu’il ne quitte les eaux territoriales de la Guinée, à l’image de la Société Minière de Boké qui devrait payer, en 2018, plus de 100 millions de dollars en taxes d’exportation contre 85 millions, en 2017. L’exploitation artisanale des mines d’or a injecté plus de 800 millions de dollars dans l’économie guinéenne. Les investissements prévus par le PNDES devront mettre à niveau les infrastructures, faire face au déficit d’énergie électrique et relancer l’agriculture qui n’exploite que deux millions des six millions d’hectares de surface agricole utile que compte le pays. La mise en oeuvre de ces objectifs devra mobiliser 14 milliards de dollars, dont 32 % en investissement directs étrangers (IDE). 

Réduire la pauvreté 
Soutenues par la Banque mondiale, les autorités guinéennes ont convié à Paris, en novembre 2017, les partenaires financiers. Le résultat fut au-delà des espérances : 20 milliards de dollars promis pour 4,5 escomptés. Une bonne nouvelle n’arrive jamais seule : dans la foulée, le FMI a accordé une enveloppe de 650 millions de dollars avec pour finalité de mieux répartir les fruits de la croissance et réduire la pauvreté qui touche plus d’un Guinéen sur deux. Quant au problème du chômage structurel des jeunes (80 % des moins de 25 ans sont sans emploi), l’économie informelle n’est qu’une alternative aléatoire. Seuls un développement de l’agriculture avec un accroissement des surfaces, une diversification de la production et une amélioration du système de commercialisation seraient réellement générateurs d’emplois. Quant à l’industrialisation du pays, notamment la transformation locale de la production minière (six projets de raffineries de bauxite dont la réalisation est prévue pour le début de la décennie à venir), elle est tributaire de l’achèvement du programme de production hydroélectrique initié par le président Alpha Condé : réalisation du barrage de Kaléta (250 mégawatts) entré en service en 2015, projet de celui de Souapiti (450 mégawatts) prévu en 2019, avec l’objectif de parvenir à une capacité de production totale de 1 000 mégawatts à l’horizon 2020. Enfin, routes et autoroutes, fibre optique et haut débit désenclavent peu à peu des pans entiers du territoire, dont les populations se mettent à croire aux rêves d’émergence. 
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