15 idées pour une Afrique forte !

Contre toutes les prédictions, les États africains font face à la crise de Covid-19. NJERI MWANGI/REUTERS

Il y'a quelques temps, dans le monde d’avant, un ami subsaharien nous avait résumé de manière frappante la perspective historique : « Nous aurions pu être comme les Indiens d’Amérique, balayés par la puissance de l’Occident, réduits à des réserves sur notre propre territoire. Mais nous avons survécu, et nous sommes bien vivants. » Oui, l’Afrique a survécu, elle s’est émancipée, elle passe les tempêtes, résiliente. On lui prédit régulièrement le chaos, la crise, l’effondrement. Depuis les années 1960, l’afropessimisme est une valeur sûre…

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Mansa Moussa (vers 1312-1337), empereur du Mali (Atlas catalan,XIVe siècle). DR

Une parenthèse tragique et non un point de départ : c’est ainsi qu’il faut percevoir les traumatismes de la traite puis du colonialisme. Nonobstant la colonie du Cap (1652) et une poignée de comptoirs, l’Afrique ne fut colonisée que moins d’un siècle, du partage de Berlin (1885) aux indépendances. Un siècle de spoliations qui ne saurait oblitérer des millénaires de complexité, malgré les discours ineptes sur l’homme africain « sans Histoire » (pour ne citer que Hegel…). Chacun connaît Lucy, hominidé de 3,4 millions d’années mis au jour en 1974 en Éthiopie, ou son aîné Toumaï, de 7 millions d’années, découvert au Tchad.

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Le 7 juillet 2019, l’Union africaine, réunie à Niamey, lançait la phase opérationnelle de la Zone de libre-échange continental africaine. TAGAZA DJIBO/REUTERS

L’AFRIQUE est riche en ressources, et en énergie… et en talents. Son sous-sol est un trésor et son sol aussi. Elle dispose encore de 50 % des réserves mondiales de terres non cultivées ! L’Afrique est riche, mais ses citoyens sont pauvres. Elle est riche, mais encore dépendante d’un système hérité largement du modèle colonial et de son intégration dans l’économiemonde. Elle exporte ce qu’elle ne consomme pas. Et elle importe ce qu’elle consomme – pour schématiser.

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La chanteuse béninoise Angélique Kidjo interprète Blewu, un hommage aux troupes coloniales ayant combattu en France, devant un parterre de chefs d’État lors du centenaire de l’armistice du 11 novembre, à Paris, en 2018. FRANÇOIS MORI/POOL VIA REUTERS

C’est un chiffre connu et retentissant : 80 % des denrées alimentaires consommées en Afrique subsaharienne sont produites par les femmes, alors même que les régimes traditionnels de propriété foncière les excluent largement. Elles sont souvent au cœur du combat politique, de l’action de la société civile, et pourtant elles sont si peu représentées dans les structures réelles du pouvoir ! Elles sont députées, rarement ministres encore moins chefs d’État. Le décalage se fait souvent dès l’école, en particulier en Afrique subsaharienne. En 2018, le taux d’alphabétisation était de 73 % pour les garçons et de 59 % pour les filles.

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C’est la base du développement. La pierre centrale de l’émancipation et de la sortie de la pauvreté : une école pour tous, et de qualité. Pourtant, le débat public sur l’éducation africaine reste embryonnaire. On ne parle pas assez de moyens, de programmes, d’innovations. Or, si les statistiques démographiques ne mentent pas, il faudra scolariser près d’un demi-milliard d’enfants dans les trente ans à venir. Des chiffres qui soulignent la magnitude du défi africain en matière d’éducation et de formation. Et les potentialités d’un secteur sous-estimé.

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Lisez bien ce chiffre. Aujourd’hui, malgré l’émergence et les beaux discours sur les nouvelles classes moyennes, près de 40 % d’Africains, soit plus de 400 millions de personnes, vivent au-dessous du seuil de l’extrême pauvreté, fixé à 1,90 dollar par jour (1,70 euro) selon les critères internationaux. Des progrès ont été réalisés, mais bien en deçà de la performance des pays asiatiques. Selon la Banque mondiale : « L’extrême pauvreté devient un problème essentiellement africain. » Qui se voit lorsque l’on s’éloigne des centres

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L’Afrique devrait compter plus de 2 milliards d’habitants en 2050. Mais s’il est vrai que certains pays ploient sous le poids démographique (Égypte : 100 millions d’habitants sur une surface utile égale à la superficie du Togo…), l’Afrique n’est pas (encore) surpeuplée : sa densité moyenne n’est que de 43 habitants au kilomètre carré, contre 108 en Europe. Et l’espace est vaste. Pourtant, il y a déjà urgence. Ainsi, le Niger, 24 millions d’habitants, connaît le plus fort taux de fécondité du globe : jusqu’à 8,4 enfants par femme dans certaines régions.

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En Afrique, du nord au sud, on aime se référer, se raccrocher à ses origines, à ses frontières, à son village, à sa région. L’ethnie donne lieu à d’interminables discussions sur sa définition, son pourtour, son concept. Le clanisme, le régionalisme restent des valeurs fortes, fondatrices, face peut-être à la vastitude africaine. Dans ce continent de 30 millions de km2 (où l’on pourrait insérer l’Europe, les États-Unis et la Chine), on parle près de 1 500 langues et dialectes. Les frontières modernes (55 États) traversent souvent des réalités historiques anciennes, séparant d’un trait administratif les peuples et les communautés. La spiritualité est forte. Islam, chrétienté, évangélisme, animismes s’entrechoquent et tentent de coexister avec d’immenses difficultés dans des espaces communs.

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C’est une idée qui reste révolutionnaire, et tellement utile, nécessaire ! L’État ne doit pas avoir de religion. Le concept est présent dans de nombreuses constitutions du continent avec des périmètres d’application assez flous. En Tunisie, le texte fondamental « garantit la liberté de conscience et de croyance », tout en affirmant que l’islam est religion d’État, mais que la nature « civile » de l’État est garantie… Au Bénin, le texte fondamental invoque la laïcité mais le président doit prêter serment devant Dieu et les « mânes des ancêtres ».

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C’est le récit habituel, celui de mégacités surpeuplées, dangereuses, dépassées sur le plan des infrastructures, des besoins sociaux. On égraine les chiffres de ces monstres urbains : Lagos (20 millions d’habitants), Le Caire (10 millions), Kinshasa (11 millions), Casablanca (7 millions), Abidjan (5 millions). On a la sensation que cela n’est pas vraiment contrôlable, que ces villes, et les autres aussi, peuvent s’étendre ainsi à l’infini, dans un chaos à peine maîtrisé… L’Afrique s’urbanise vite, la croissance démographique accentue ce phénomène et, avec la pression, les villages et les petits bourgs deviennent eux-mêmes des villes. Le paysage change littéralement mois après mois. L’urbanisation devient un aspect clé du développement.

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