Et vous, comment ça va ?

Afia Mala

Comment ça se passe pour vous à Lomé ? Le couvre feu a enfin été levé le 9 juin. Même s’il n’y avait pas de confinement obligatoire en vigueur au Togo, je me suis « auto-confinée » comme la plupart de mes connaissances. J’ai dû stopper la sortie de mon nouvel album, Identité, et tous mes concerts ont été repoussés. J’espère que l’on va enfin voir le bout du tunnel…J’ai appris à me recentrer sur l’essentiel : l’écriture, la musique. C’est tout. Et je me suis mise à nager tous les jours dans ma piscine. Une première. En bonne africaine, l’eau et la natation n’avaient jamais été des options pour moi !

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Chavez Van der Born

Comment ça se passe pour vous aux Pays-Bas ? Je m'inscris toujours dans l'action. En mars dernier, je préparais plusieurs défilés à Paris, à Amsterdam et au Nigeria, et je lançais de nouvelles collaborations avec un musée. Mais tout a été annulé. Après un temps de réflexion, j'ai décidé de proposer des projets afin de rapprocher les gens et de continuer à être créatif. J'ai commencé un projet de « distanciation sociale » fait de centaines de visages dessinés sur un tissu, que j’ai envoyé à des participants du monde entier pour qu’ils le brodent chez eux. Une fois fini, ils me l'ont renvoyé et nous l'avons assemblé afin d'en faire une œuvre d'art monumentale. C'est un symbole d'unité, je voulais que les gens soient à l'aise en participant à cette œuvre car pour moi, la créativité a toujours été salvatrice.

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Souleymane Bachir Diagne

Comment ça se passe pour vous à New York ? Depuis le 8 juin dernier, les commerces, les cafés et les restaurants sont à nouveau ouverts et doivent observer des mesures de distanciation sociale. La contrainte immédiate, c'est la circulation très dense car les gens évitent les transports en commun, on passe d'une ville fantôme aux embouteillages. La mise à l'arrêt a été basée sur le volontariat, je l'ai suivie avec rigueur depuis mon retour de Dakar en mars, où je comptais rester plus longtemps étant en année sabbatique. Les New-Yorkais ont respecté les mesures de confinement avec discipline : on est passé de 800 cas par jour à 250. L'assassinat de Georges Floyd a profondément marqué cette période, deux nuits de couvre-feu ont suivi, les autorités nous ont informés sur nos portables en lançant l'alerte à 23 heures. L'inculpation des quatre policiers a calmé les émeutes et marqué la fin des manifestations. Grâce à la vidéo d'une jeune fille de 17 ans, l'indignation a fait le tour le monde : c'est un message d'espoir, les mouvements de protestation rassemblaient des Noirs et des Blancs, largement majoritaires.

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Serge Abessolo

Comment ça se passe pour vous à Libreville ? Après avoir subi un confinement obligatoire, nous sommes dorénavant plus ou moins libres. Mais sans avoir le droit de sortir de son quartier. On doit donc demeurer vigilant. Qu’est-ce que vous faites aujourd’hui que vous n’aviez pas le temps de faire avant ? Je visionne beaucoup de films et je lis pas mal de scénarios qui étaient en stand by. J’ai aussi repris l’écriture et la lecture. Et tous les soirs, je fais un concours de danse avec ma fille !

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Comment ça se passe pour vous à Dakar ? Ici, on continue à travailler comme d'habitude mais avec des horaires aménagés : on s'arrête à partir de 17 h et tout le monde reste à la maison dès 20 h, car on respecte le couvre-feu en vigueur. À l'annonce du confinement à la télé, j'ai décidé de fabriquer des masques destinés à la population. J'ai lancé un appel via mes comptes Facebook et Instagram, les stylistes Mame Faguèye Bâ et Lahad Gueye ont d'emblée accepté de m'aider. On a fabriqué 20 000 masques. J'ai choisi le blanc comme couleur pour des raisons d'hygiène afin que les gens les lavent chaque jour car avec la poussière, ils seraient inévitablement sales.

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Comment ça se passe pour vous à Mascara ? C'est une période plutôt étrange, faite de hauts et de bas dans la même journée. Je suis confiné à Mascara en Algérie, auprès de ma grand-mère. C'est elle qui m'a élevé, j'ai décidé de rester avec elle. Je sors uniquement pour faire les courses. C'est un confinement partiel ici : les gens ne respectent pas totalement la distanciation sociale même s'ils sont sous le choc, traumatisés par le Covid-19 car il y a déjà de nombreuses personnes contaminées. Un masque vaut 2 euros, c'est énorme pour une famille, les Algériens travaillent au jour le jour et vivent dans la précarité.

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Comment ça se passe pour vous à Yaoundé ? Je reste chez moi. Nous avons fermé les bureaux d’Écrans noirs depuis le 20 mars. Je sors uniquement marcher pas loin de la maison, autour du stade omnisports, et je me rends compte que le confinement conseillé n’est vraiment pas suivi… Qu’est-ce que vous faites aujourd’hui que vous n’aviez pas le temps de faire avant ?

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Comment ça se passe pour vous à Abidjan ? Plutôt bien, j’y étais pour le Masa et l’inauguration du musée Toungara, et j’ai choisi d’y rester, quitte à mourir quelque part… Même confinée, la ville reste très inspirante. Qu’est-ce que vous faites aujourd’hui que vous n’aviez pas le temps de faire avant ? Lire autre chose que des publications sur l’art, ou des protagonistes du monde noir, m’intéresser à des choses insolites, comme l’existence du paradisier superbe de Vogelkop. Cet oiseau ne vit qu’en Papouasie-Nouvelle-Guinée et n’a été découvert qu’en 2018. La parade nuptiale du mâle est étonnante. Son plumage plus noir que noir retient la lumière à 99,95 % contre 99,96 % pour le fameux Vantablack d’Anish Kapoor ! L’oiseau « Outrenoir » de Soulages en somme. L’art n’est jamais loin…

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Comment ça se passe pour vous à Boston ? Tout va pour le mieux. Je suis actuellement à Cambridge [Fellow à l’université d’Harvard, ndlr], et le confinement n’est pas des plus sévères comparé à d’autres villes. La cité s’est vidée lorsque les universités ont fermé. On a parfois l’impression de déambuler dans une ville fantôme, je fais souvent de longues promenades très agréables sur les rives du Charles.

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Comment ça se passe pour vous à Paris ? J’ai été contaminé par le Covid-19, heureusement les symptômes étaient légers. Je suis de près l’actualité sur le virus, en Algérie notamment. Je suis inquiet, mais très optimiste : nous vaincrons cette saloperie ! Qu’est-ce que vous faites aujourd’hui que vous n’aviez pas le temps de faire avant ? Je lis énormément et j’écris un nouveau roman depuis le premier jour du confinement. Je viens d’achever le premier jet, c’est un record ! Il me reste encore beaucoup de travail. Je me suis aussi mis en retrait des réseaux sociaux, qui n’apportent rien. Je ne vois pas les journées passer !

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