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Les Bourses en état de choc

Par Jean-Michel Meyer - Publié en
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La Bourse de Johannesbourg. SHUTTERSTOCK

L’année 2020, très incertaine, risque de peser lourd sur les places du continent.

Braderie à la Bourse de Johannesburg (JSE) depuis le 11 mai. Afin de redonner un peu de vie à la première place financière du continent, la JSE a offert aux entreprises cotées ou cherchant à lever des fonds la réduction de 50 % des frais de négociation, de compensation et de règlement ; des délais de paiement prolongés de trois à six mois sans intérêt pour les sociétés en difficulté ; et la diminution de 25 % des frais pour les petites entreprises qui cherchent à lever des capitaux. Des mesures qui « visent à stimuler la liquidité et à soutenir ce nœud vital de notre économie », a justifié Leila Fourie, directrice générale de la Bourse sud-africaine.

Après des mois de janvier et de février 2020 plutôt prometteurs, la JSE, comme les 16 places actives en Afrique, est frappée par le tsunami viral qui balaie les marchés financiers de la planète. « Face à la pandémie de Covid-19, les principales Bourses mondiales ont accusé en mars 2020 leurs pires journées de baisse depuis la crise financière de 2008. Les perspectives pour le reste de l’année sont extrêmement incertaines », note Philippe Kubisa, associé spécialiste des marchés de capitaux chez PwC. Sur les trois derniers mois (du 17 février au 17 mai), la plupart des places du continent ont plongé, selon les données d’African Markets. Durant cette période, la Bourse d’Égypte a chuté de 24,62 %, suivie par celles du Maroc (-23,72 %), d’Afrique du Sud (-14,23 %), du Nigeria (-14 %), du Kenya (-13,42 %), du Ghana (-10,26 %), de la Tunisie (-8,90 %), et la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) en Afrique de l’Ouest (-5,22 %).

Dans ce contexte déprimé, ce sont paradoxalement les États, comme à la BRVM, qui animent la cote à travers les plans de ripostes via des levées de fonds sur le marché des titres publics. En mai, la Côte d’Ivoire a ainsi effectué sa troisième émission de « bons sociaux Covid-19 », pour un montant de 175 milliards de francs CFA. Elle a été suivie du Niger (110 milliards de francs CFA) et du Togo (108 milliards de francs CFA). Car du côté des entreprises, ce sont les déboires de Sucrivoire, dont la valeur a chuté de 23,42 % la semaine du 11 mai, qui animent les discussions.

Mêmes incertitudes à Casablanca et à Tunis, où l’année 2020 pourrait se solder sans aucune introduction. Au Maroc, le pessimisme s’est amplifié, le 11 mai, avec la décision de la Banque centrale de suspendre la distribution de dividendes dans le secteur. Dès le 13 mai, les valeurs des six banques marocaines cotées ont reculé de 434,3 millions de dollars. Et depuis janvier, leur valorisation boursière a perdu 7,17 milliards de dollars. Comment rebondir ? « Le début du deuxième trimestre 2020 voit une légère reprise des introductions en Bourse sur les marchés en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique », croit déceler Philippe Kubisa. Sera-t-il suivi? ■